Volume 62 1953 > Volume 62, No. 2 > Mythes et chants Polynesiens d'Ouvea (Iles Loyalty), by Jean Guiart, p 93-113
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MYTHES ET CHANTS POLYNESIENS D'OUVEA (ILES LOYALTY)

OUVEA est l'île la plus septentrionale de l'archipel des Loyalty; sa population est, pour la plus grande partie, composée de Mélanésiens. On sait qu'à la fin du dix-huitième siècle, une migration polynesienne venue de Wallis toucha Ouvéa et s'installa aux deux extremités de l'atoll.

Cet apport de population semble avoir été néanmoins assez restreint. Les Polynésiens, venus sans femmes, ou presque, se marièrent sur place. L'étude de leur organisation sociale la montre aujourd'hui calquée sur celle du fonds mélanésien de la population. 1 Leur langue, restée polynésienne, a subi des changements phonétiques considérables, et la vocabulaire s'est fortement métissé de terms autochtones. En ce qui concerne les mythes, nous verrons qu'il est plus difficile de se prononcer.

Sauf les quelques mythes qui termineront cette courte étude, les textes présentés ici sont des chants, dits wahaihai, destinés à l'accompagnement de danses de femmes du même nom. Ces danses, ont lieu sans la moindre participation masculine; 2 le texte des chants semble pouvoir être indifféremment composé par des hommes ou des femmes, à l'occasion d'évènements marquants Le plus souvent, il s'agit de pleurer un mort, mais ce n'est pas une règle générale. La construction d'une maison pour le grand chef peut servir par exemple de thème; un chant que je n'ai pu encore recueillir a trait au souvenir de Wallis; ou bien il s'agit plus simplement de chants d'amour décrivant la bien-aimée.

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On peut se demander l'origine de la tradition du wahaihai. On en connait de toutes les parties de l'île. Ceux qui font l'objet de cet article sont les plus purement polynésiens, du moins au point de vue de la langue (Hwen Uea); pour l'exemple, on en a rajouté un de langue mélanésienne (Hwen Iai). Il n'est est aucun de langue absolument pure. Ce phénomène peut être attribué aux habitudes littéraires de ces pays, qui poussent facilement à l'usage de la répétition—du mot, de l'expression, ou de la phrase—dans une langue voisine; on ne peut donc guère en tirer de conclusion.

Les différents acteurs de la danse sont:

—un groupe de femmes qui chantent, sans participer autrement à l'action; elles se contentent de balancer légèrement le corps, en portant le poids alternativement sur chaque jambe;

—les deux ou trois femmes qui composent la batterie; elles sont accroupies ou debout selon qu'elles utilisent des bouteilles enveloppées de chiffons ou un bambou comme résonnateur en frappant l'un ou l'autre verticalement;

—les danseuses elles-mêmes, rarement plus d'une demidouzaine; elles vont et viennent devant le choeur entre lui et les spectateurs.

Pour qui a vu des danses polynésiennes, traditionnelles ou abâtardies, la danse wahaihai n'en présente qu'un lointain écho. Devant le groupe de chant immobile, les danseuses, les genoux légèrement pliés, dansent lentement, sauf à faire de brusques quarts de tour en direction des spectateurs. Elles partent d'un côté, avancent un peu, se tournent vers les spectateurs, repartent dans le sens précédent, se retournent vers les spectateurs, changent de sens et reviennent de la même façon. Ce va et vient est exécuté sur un très petit nombre de mètres.

Chaque danseuse tient une branche feuillue à la main droite et un morceau d'étoffe à la main gauche. 3 Le bras droit est celui dont les mouvements ont le moins d'amplitude. Quand les danseuses se présentent de profil, les deux bras sont remués de haut en bas, mais légèrement Dès le mouvement vif qui la pose face aux spectateurs, la danseuse lance - 95 le bras gauche en l'air puis en avant, légèrement sur le côté, mais à chaque fois sur un côté différent. C'est cette alternance de mouvements calmes et brusques, et la différence de rythmes entre les deux bras qui fait le caractère principal de la danse. Les mouvements des pieds, de très peu d'amplitude, semblent ne servir qu'à l'équilibre. A cause des grandes “robes mission” il m'a été impossible d'observer les mouvements des hanches de facon précise; il existent, mais sous l'étoffe flottante, on ne voit qu'un balancement indistinct.

Je ne peux malheureusement pas donner encore de sociologie complète du wahaihai. Cette danse fait actuellement partie du programme des fêtes, au même titre que les danses d'hommes; du moins quand elle n'est pas interdite par le missionnaire. Il n'est pas certain que son statut ait été différent.

A défaut d'une description minutieuse de cette danse, l'analyse des textes se révèlera peut-être d'un certain intérêt. Ils ont été recueillis en langue indigène, puis traduits en francais, au cours du mois de Janvier 1949. La traduction en a depuis été vérifiée avec un autre informateur de même langue. Les notes explicatives ne sont malheureusement pas aussi nombreuses qu'elles devraient l'être. Il était difficile de faire autrement; bien des allusions ne sont plus comprises et en tout cas la plupart des noms propres n'ont pu encore recevoir d'explication. Il faut espérer que cette situation n'est pas définitive. Cependant, je n'ai pas grand espoir de trouver un informateur qui puisse compléter ces renseignements.

I—Perdu dans Bajilenu.
1
Ogena monu inya Je me suis perdu
monu hnyi Bajilenu perdu dans Bajilenu
inya me wahlu Jewea moi et les filles Jewea
ame ha könya ju 1 me dit alors
Lanei Wanyigi Lanei de Wanyigi
toa ge dogu mako Prends mon chant
o sawa ide tai lai tamahine pour chanter, sur la mer, les filles
1   Jusqu'ici, texte en Hwen Iai.
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2
Gude hano mai lalo Je viens d'en dessous la terre
gude aya ifo lau ode kafesele J'écarte devant moi les feuilles de bambou 2
Kofesele Je fais résonner le bambou
ina gude kilo gia lunga Je regarde vers le haut
gude mata ifo lua tua memea Je fais face aux deux nuages rouges
ogu tangi ifo giai ils me font pleurer
ge henea koai ge nago tayaki s'ils étaient plus près
ge tusi ode mako ce serait la couleur de mon chant.
2   Bambou résonnateur, importé de Calédonie et utilisé pour rythmer les danses en le frappant contre la terre, ce qui donne un bruit sourd. Il peut être utilisé indifféremment par un homme ou une femme; même lorsqu'il s'agit d'une danse d'hommes.
3
Mafoa ge ao que l'aurore vienne
gude mata ifo je verrais alors
de manaha i Lelema menumenu le pays de Lelema de façon incertaine
dogu mata saunga ode manaha mon visage sent le pays
esaunga Kele melo son odeur de terre pourrie 3
3   La question de l'odeur de mort (pourriture) ou de l'odeur de vivant joue un grand rôle dans les mythes de la Mélanésie du Sud. cf. Leenhardt (M.)—Do Kamo, Paris, 1947.
4
Hnyaba me Watau 4 Demeure de Watau
gude aya ifo de maya made lènga J'écarte les branches de maya et de lènga 5
gude kilo gi alunga Je regarde vers le haut
gude mata ifo lua tua memea Je vois les deux nuages rouges
gu tangi ifo giai Je pleure à cause d'eux
ge henea Koai ge nago tayaki s'ils étaient plus proches
gehe tusi ode mako pour la couleur du chant
emakona iuta qui se chante à l'est
ikili ode wadruka à côté des cannes à sucre wadruka.
wadruka made bulungen wadruka et bulungen 6
4   Verset en Hwen Iai.
5   Arbres cités pour leurs fleurs.
6   Cannes à sucre noires connues en Nouvelle-Calédonie.
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5
Sawa Meijö Chante Meijö
sawa ge dogu mako chante mon chant
go dogu wahaihai c'est mon wahaihai
gude liu xenyi ina 7 je tourne le dos
gude mata gide mako je fais face au chant
gude liu funa de siva odogu mako je tourne le dos, cachant le doigtier 8 de mon chant
gude xenyi fokisia je me retourne encore
gude mata gide hadra je fais face aux spectateurs;
gude faga saina le siva o dogu mako je montre le doigtier de mon chant
gua ulaulangia ode fenua e hadra les spectateurs m'applaudissent 9
7   Ces deux derniers mots en Hwen Iai.
8   Doigtier de paille mis à l'index de la main droite et soulignant le jeu de la main au cours de la danse.
9   Ce couplet décrit la danse du wahaihai.
6

Mai Muli de matangi Le vent vient de Muli
gude tangi alikoa de ma wagelue je pleure en poursuivant la liane wagelue 10
eulu mai lalo engongolo elles sonnent et bruissent
ide ame esomo waxenyiinyi (les graines de) la liane qui pousse en tournant
ona tusi ohnamiò dont la couleur est laide
10   Liane qui rampe sur le sol.

(Informatrice: Silina Omenia de Teuta. 4)

N.B.—Le thème de ce chant n'est pas très clair. Il s'agit probablement du défunt qui sort de sa tombe et prend le chemin de l'atoll Heo 5 où il pourra descendre au pays des morts; dont le maître est Jewea.

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II—Le vent de Muli.
1
Mai Muli de matangi Le vent est á Muli
Gude tangi alikoa dema wagelue Je pleure en poursuivant la (liane) wagelue 11
e ulu mai lalo e ngongolo ide ame Il bruit sous la terre, les varechs resonnent
e somo wahenyiinyi hona tusi onamia sur les coquillages s'étend une vilaine couleur
hona pupunu de fatu son couvercle de pierre 12
gude kata salaina hona ala gi oku je perds le chemin de ma maison
hona ala gi Jelewe le chemin de Jelewe
hwiöju baten bai tourne toi de côté, mamère
11   Liane rampante.
12   Pierre qui ferme à Heo l'entrée du pays des morts. Jelewe est un autre nom du maître du lieu.
Refrain
Gude sawa hanoia dogu mako gi de hadra Je chante en marchant mon chant vers les spectateurs
gude liu hanoia dogu mako gi de hadra je tourne en marchant mon chant vers les spectateurs
gude mia ina ifo dogu mako gi de hadra je danse mon chant vers les spectateurs
tangi sia de mate ma de mauli les pleurs pour la mort et la vie
2
Gude nago eke lava hi mata ode manaha Je monte vers le pays.
manahai Monuhnyilit le pays de Monuhnyilit
gude eke kitea ge fale tau ode ame je monte voir la façon dont le varech 13 aborde
e saunga e menu ide manaha son odeur mauvaise va au hasard dans le pays
gude xenyi toa ge go de lau ode lènga je me tourne pour prendre la feuille de lènga
lau ode lènga melo ogu titi gide mako feuille de lènga rouge, mon jupon 14 pour chanter
gide manahai ilalo gide manaha uneni pour le pays d'en dessous, le pays où l'on change de peau 15
13   Aux mois de décembre et janvier toute la côte du lagon est envahie par le varech qui parfois s'amasse sur plus d'un mètre d'épaisseur.
14   Jupe de femme pour la danse.
15   Le pays des morts. C'est le mythe de l'enveloppe que le vivant abandonne dans l'Hadès. cf. Leenhardt (M.)—Do Kamo.
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3
Ogena monu inya Je me suis perdu
monu hnyi Bajilenu perdu dans Baijilenu
öbwe o könya ju vous m'arrivez toutes deux (les filles de Jewea)
lau nei Wanyigi toa ge Prenez alors la feuille de Wanyigi
dogu mako o sawa ide tai mon chant pour chanter sur la mer 16
16   Quand le mort passe les détroits entre les îlots.
4
Oge na xenyi inyi xenyi hnyi Uliwea Je tourne dans Uliwea 17
  d'où vient Wandalu
e mai me Wandalu je regarde vers Luetu 18
gude kilo gide Luetu où s'éclaire le pays de Lelema
gua mafoa ifo de manaha i Lelema j'écarte en marchant, la feuille de bambou.
gude aia ifo gode lau ode kofe la feuille de bambou pour danser
kofe sele he ala o dogu mako il chante, là-bas, à côté de la chefferie.
e makoina iuta i tafa ode aliki  
i tafa o Haumai à côté de Haumai 19
monu hnyi badumaia il se perd dans l'arbre badumaia
17   Lieu dit dans l'île de Teuta.
18   La Nouvelle-Calédonie.
19   Emplacement de la chefferie de Teuta.
5
Sawa Meijön, sawa ge Mitidrai Chante Meijön, chante Mitidai
sawa ge dogu mako chante mon chant
go dogu wahaihai c'est mon wahaihai
gude pia ina ifo je le danse
gude liu xenyi ina je le joue en tournant
gude tua gide hadra je tourne le dos aux spectateurs
gude mata gide mako je fais face au chant
gude liufuna de siva o dogu mako je cache le doigtier de mon chant
gude xenyi foki sia je me retourne encore
gude fagasa ina de siva o dogu mako je montre le doigtier de mon chant
gua ulaulangia ode fenua e hadra les hommes qui regardent applaudissent

(Informatrices: un groupe de danseuses à Wekiny.)

N.B.—Ce chant évoque lui aussi le voyage à ce pays des morts, sauf le refrain et le dernier couplet, qui décrivent la danse wahaihai; le jeu du doigtier y apparait particulièrement important.

- 100
III—L'écume de Wanyigi.
1
Gude nago kake mai ko je monte du sud
Gude inu ide wewedo je bois l'écume
ehai monu nya ju Wanyigi Wanyigi me traite mal
me wahlu eü hnyi Cida mais les filles de Cida
sawa ge de mako ode wadruka dansent le chant de la (canne à sucre) wadruka.
Suki age de ika ode moana le poisson pique dans les profondeurs
du Wanyigi hnyi kònò e hélas! Wanyigi dans la terre
2
Ogena matcu eü Salia Je flotte là-bas à Salia 20
eü hnyi lane lènga là-bas dans la feuille de lénga
ke lau sele et la feuille de sele
gude mekunina ge de mauli ia lunga je pense à la vie d'en haut
etotoe eloa il est court, il est long
de sisia i Weili le jeu dans Weili 21
nagu he fekite ma dogu tama je n'ai pas dit au revoir à mon enfant
gua menu i loto ode atua il s'est perdu dans la paille.
gua inu lua mai tapunei il boit maintenent ce qui est interdit 22
20   Lieu dit Teuta, sur la côte est.
21   Lieu dit à Teuta, dans la passe qui la sépare de la grande île.
22   Allusion probable au fait que les morts ont une conduite extra-ordinaire, souvent au rebours de celle des vivants. C'est la mère qui parle.
3
Li hlu eü hmwelelo ban ta hme Les deux filles à Hmelelo 23 sur le sec
öru mwe hüjö dene ban ta hme joignent les algues sur le sec
weiköru tewi köiö à leur ceinture de varechs.
gia luna ke bicöru li boünô ode tai en haut, deux serpents de mer forment leur coiffure.
ciru li obolunge me waduka elles s'appuient sur les cannes obolunge et waduka
23   Lieu dit à Teuta, sur la côte est (les deux filles de Jewea, maître du pays des morts).
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4
Ogena heleü eü Olelema Je cherche là-bas Olelema.
Oge xumöng me watahlu Bunaca Je chante avec les filles de Bunaca 24
Koge xumöng me Oiko öiö Nelu 25 je chante avec Oiko, femme de Nelu
Sasa wanu ma kobwe kainaju mai Salia brisez le coco rouge et mangez tous deux celui qui vient de Salia.
24   Pays englouti dans la mer, que la tradition situe au nord-est d'Ouvéa.
25   Ce texte est fortement mélangé de Hwen Iai.

(Informatrice: Silina Omenia, de Teuta.)

N.B.—Ce chant décrit le voyage du mort jusqu'à Oijonem, par le chemin qui suit la côte est des îles, inhospitaliére et située face au large où la tradition place le pays de Bunaca.

IV.
1
Faga longo ina ifo de ala o dogu mako Il faut entendre le chamin de mon chant.
de mako mai de kele le chant venant de la terre
dou mako Sungidra c'est ton chant Sungida
gude tu fadrina de lalo ode amejo je suis debout contre l'arbre amejo 26
e xula gi dogu ulu il tombe goutte à goutte sur ma tête.
gude liakina ifo je lève mon bras (enveloppé d'étoffe) 27
liaki tangisia du le bras levé j'en pleure.
ga sawa bela de ala o dogu mako et chante quand même le chemin de mon chant.
de mako mai le dena le chant de l'arbre ledena
dou mako Sungidra c'est ton chant Sungida
Sungidra la toto na hanoi Sungida est allé dans les champs.
de welii e lau lameli feuille de walei 28 ete feuille de l'arbre meli 29
e inu o dogu mako donnent la boisson pour mon chant.
de mako mai de kele le chant sortant de la terre.
26   Pour entendre le chant venant de la terre.
27   Comme ont les jeunes gens pour les danses.
28   Plante à tubercule comestible analogue à l'igname (Dioscorea esculenta).
29   Appelé “gaiac” en français local (Acacia spirorbis).
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2
Na otea tu tuki Il est midi sonné
nagu de he iloa fale lele ode fatu Je ne connais pas le vol de la pierre 30
e lele mai Allemagne elle vole venant d'Allemagne.
e tau i ogu mata elle atteint mon visage.
gu singa du gi lalo je tombe à terre
gu heyöu menu age je demande du secours en vain
heyöu gia wai du secours à qui?
ga esiai henea il n'y a personne
ga ka la koau malheur à moi!
nei i loto lai tama maintenant parmi les garçons
ga nabo de sahano dans notre groupe en marche.
made faga kata keu où l'on se fait rire l'un l'autre
na ogu nagu siai nai owa loto je manquerai parmi vous
30   La balle de fusil.
3
Faga longo ina ifo leo ode fai tangi Il faut entendre le bruit des lamentations.
nago de kovi hnalapa c'est le serviteur 31
ga na koia na moa tangi kia teau qui va le premier me pleurer
ia de tanii munea Ekele dogu tama qui va pleurer distant: malheur! mon enfant.
ga he moe mekuni denei de manaha ne dors pas, pense: voici le pays
de manaha ide kele de manaha fiafia le pays dans la terre, le pays de joie 32
31   Serviteur du chef, le dignitaire qui va diriger les lamentations.
32   Le pays des morts par opposition au monde des vivants qui est celui des larmes.
4
Ekele nene ma cica Malheur! ma mère et mon père
bon dau lua tama malheur, votre fils à tous deux
gua siai balua est perdu pour toujours
na gia go ulua il n'est plus chez vous
maliè bèla dogu fale mate il est bon que ma mort
nei he mai a nene aujourd'hui ne vienne pas de chez ma mère,
ga na mai de fenua dogu mate mais qu'elle vienne de chez les hommes 33
leulu gai de fenua malheur à eux.
33   Ici, pris dans le sens de: étranger.
- 103
5
Pongipongi mai fogi esiai dogu ala Le matin revient tôt, je n'ai pas de chemin.
gude motusia ifo thedraweli je casse la feuille de walei
ogu ala fide kele mon chemin vers la terre
ga fia moa ge denei et il me faut aller de l'avant
dou titi gode lau ode tai voici ta jupe, feuille de la mer
ogu titi gide mako ma jupe pour le chant
ma lai tamahine Soihnyilit avec les filles de Soihnyilit
manea ateu Oijone les filles qui habitent Oijone 34
afiafi mai foki le soir revient encore
gude tu fadrina de lalo ode ou je suis debout sous l'arbre ou
gude faga longo ina leo ode fai muna j'entends le son d'une parole
go lau loa manea muna gia teau c'est la feuille longue qui me dit:
numai gidou hano viens chez nous
gude koto hanoia lau ode thedra-weli je cueille en marchant la feuille de walei
ogu paki gide mako je m'en coiffe pour le chant
malai tamahine aten 35 Oijone avec les filles du pays d'Oijone
34   Oijone, nom Wallis de Üjonem, l'Hadès des Mélanésiens d'Ouvéa.
35   Aten = habitantes de.

(Informatrices: Silina Omenia, de Teuta.)

N.B.—Ce chant funéraire ancien a été repris et actualisé à propos de la mort d'un volontaire de la guerre de 1914-18. Ce défunt est mis en scène et parle; il décrit sa mort, les funérailles puis son départ pour l'Hadès. Ces chants sont censés venir de ce pays, Ujonem (ou Oijone); les feuilles citées sont des bubuny, médecines magiques. Il semble que les chants et les danses wahaihai ne soient que les correspondants de ceux du pays de Oijone.

- 104
V.—Wanygi funa mali uwa. Danse secrète de Wanygi.
1
Nagu hano mai lalo Je viens d'en bas,
Koau ma dogu ata moi et mon ombre
inya ju ma lau loa moi et la feuille longue
gima de mata nous regardons tous deux
dogu mako emea emea ioku mon chant s'étend, s'étend chez moi
go lua tamahine elles sont deux filles
gude kake tonusia nai de Maliwa je monte droit vers le tournoiement
gude faga longo ina de manaha ia lunga j'entends le pays d'en haut 36
go lua tamahine funa maliwa les deux filles cachées qui dansent
oge mai eü mai hnyi wahlu j'irais parler de toi, parler chez les filles
hnyi eü cia hawa tene eü là-bas où croissent les larmes 37
Ke o monu nya ju Wanyigi et l'ennui me vient, Wanyigi 38
36   Celui qui parle est dans le pays souterrain des morts.
37   Le monde des vivants.
38   Nom de celui qui parle.
2
Nai de Maliwa menu tua bomene eü 39 Le tournoiement se perd derrière, l'îlot là-bas.
ka obi me Nalele pour arriver avec Nalele
ga fia ode matua le vieux dit:
a konut oünykümik 40 mon vieux est troublé
fia munea ge gude heco iau il dit: je ne veux pas
veli gode ata sina sangeju parce que je suis une ombre blanche qui sort
sane betenge golua tamahine qui sort pour aimer les deux filles
go lua tau te hina les deux soeurs
39   Bomene eü, termes Hwen Iai.
40   Hwen Iai.
- 105
3
Na faga sapa de là Le soleil monte
langa ge a Vito mai tai ide tai Vito se lève, venant de la mer
o toka ge iuta pour aller à terre
gude faga longoina ode Thungaü j'entends la voix de Thungaü 41
e Thungaü ioku go ogu tau te hina Thungaü chez moi, c'est mon frère
gua pasön bela ogu hano tuaina il m'est difficile de reculer
na ia nene ma cica de ma mère et mon père
ogu mata gide hwadö je fais face au nord
na ogu lulua fogi iloto de atua et je vomis encore dans la paille 42
na gode atua tuu hano ma maitai la paille droite venant de là-bas.
gima de hicö theip go lua tau imu nous deux sommes camarades avec un pareil vêtement.
41   Ce seraient les deux soeurs qui parlent les deux filles de Jewea. S'agit-il de personnages mythiques, annonciatrices de la mort?
42   Les morts mélanésiens ressuscitant sont souvent pris de crises de vomissements avant d'être établis solidement dans l'état de vivant. cf. Leenhardt (M.)—Documents Néo-Calédoniens.
4
Go Bata ma Lodenyö Bata et Lodenyö 43
sawa ge dogu mako chantent alors mon chant
a lai tamahine pour les filles
aten hnyei hmwele hwadö qui habitent le pays du nord 44
gude jü loa ina je siffle longuement
gumai tangisia du je pleure sur cela
me na ölö öbu eü Wandalu et vous montez là-bas à Wandalu 45
oge bio uwa na gua tutu ifo je danse et elle est debout
gua mate dogu ata elle se meurt, mon ombre
43   Noms des deux filles.
44   Les Nouvelles-Hébrides.
45   Wandalu, lieu dit à Muli, proprièté du clan Pumeli, venu de Tonga.

(Informatrice: Silina Omenia, de Teuta.)

- 106
VI—Mako Wahaihai. Chant Wahaihai.
1
Gude xenyi koai nage de döxu je tourne, joyeux de ma puissance
gana afiafi adu mai foki jusqu'ici le soir encore
gude faga longo inage de tutu j'entends le son de la conque
nata talinga gide tutu je prête l'oreille à la conque
etapa de fofonu i Takeji appelant les gens de Takeji
gana tahina moa mai de fofonu rassemblant ici les hommes
o lonona de savea ode döxu pour entendre le lien de la puissance
ge dai toka loto ina ifo à chacun alors de penser
ga nadai manatua ina ifo chacun peut proposer à l'avance.
Refrain
Gude nago fiafia ina ifo Je suis joyeux
gude koa ide lalo ode döxu je suis content de ma puissance
gude xenyi koa ina döxu je tourne, joyeux de mon pouvoir
de mai ode momae koau c'est la fin de ma souffrance
2
Gude xenyi koai nage dogu döxu Je tourne, joyeux de ma puissance
gana pongipongi adu mai foki le matin revient ici
na sopo age de la mai uta le soleil se lève à l'est
na sopo age de la mai lalo le soleil se lève ici, en bas
engasue tangata made toki les hommes se meuvent avec des haches
made tau fafine made oso et les femmes avec des vivres
ua fia de vao made fatu on pénètre dans la brousse avec des pierres
tua ge de taben ode huliwa il est debout le soutien du travail 46
o pulea de makeke ide vao pour encourager la force de brousse
o pulea de saloto matua pour encourager le coeur vieux
e sa lele de fatu made fafie les pierres sautent avec le bois
nagai faliu ifo mala mat et les faibles tournent
nagai ngasue ifo mala geny et les vieux remuent
46   Le héraut, mutu de aliki, dont le rôle est ici d'inciter les gens au travail par sa parole.
- 107
3
Gude xenyi koai nage de döxu. Je tourne, joyeux de ma puissance
na aotea tutuki matua le vieux a sonné midi
oseke de ngaengae ogu kili la fatigue vient dans mon corps
e tuna ogu kili a de la mon corps chauffé par le soleil
eseke de fia kai made inu la faim et la soif arrivent
esiai hetai made magiti il n'y a ni eau ni nourriture
gude supa makona hua de kakava je suis rassasié de la sueur
ogu mata e maligi qui coule sur mon visage
e hano de fiafani fafine ide taua les femmes vont soigner tout le monde 47
i do taua ode mat made geny l'ensemble des faibles et des vieilles
e hano peaina de isabi par où passent les paroles?
de muna a de hnalapa evevela la voix chaude du serviteur 48
47   Mot à mot = lui aller le bon vouloir (des) femmes pour l'ensemble.
48   Le hnalapa, serviteur du chef, qui dirige les travaux.

(Informatrice: Silina Omenia, de Teuta.)

N.B.—Ce chant a été composé en 1921 lors de la construction d'une maison pour le grand chef Nekelo, de Takeji. Ce chef descend en droite ligne de celui qui est à l'origine du départ de Wallis. Le premier couplet personnifié le chef qui voit tout le monde autour de lui travailler à son profit; le deuxième est la description figurative du labeur; le troisième annonce le repos, en mettant encore en scène le chef qui exprime le sentiment collectif.

VII.
1
Wale ang hnyi köiö Voilà le vent sur la mer
me üökcu hotai vent favorable à la terre
koge xöpe cicö but et je viens d'en face
okoman Hüjonem derrière Hüjonem 49
ga Walewe me Hida chez Walewe et Hida
oge ua hnyi cuba je vois dans les palétuviers
ua ifo ide lènga marcher dans la brousse
miny na waju wek je vois là mon amie
wanök mamandrai je vois l'oiseau mamandai 50
ogeme hwiö hmetubut je tourne encore
wahametu Sinengalu se retourne Sinengalu
ke hece wahlu Unec et elles se refusent, les filles d'Unec 51
49   Lieu dit situé, à Heo, l'île des morts.
50   Oiseau de mer, auquel il compare son amie.
51   Ou Teuta îlot immédiatement au nord de la grande île, et de population polynésienne.
- 108
Refrain
Wa hai hai ie hai a ha hai  
2
Bòngòn ju ta bòngòn ang Elles se disputent, les histoires.
bòngòn anyi misi Ela. les histoires pour Missi Ela 52
ogeme hebut hnyi wò. je pars pour voir.
hekeü bicök ieü. chercher ma coiffure, laquelle.
bicök cu lau lesida. ma coiffure en feuilles de lilas 53
miny na ülo beüò but. et j'ai longé tristement.
li wagedhe sa les deux nuages blancs 54 allongés sur la mer.
miny na obut elò je suis arrivé tristement
ölö dö hnyabai il est monté à la maison
ka me laba Heuhu: Heuhu s'est assis:
ca laba xop a Hulö. Ne t'assieds pas jeune homme, Hulö.
inò but cem metòm. tends ici ton bras droit.
ötumwe italòfa u nous te saluons tous deux
ka nyikò but hnyimökòm et tu détournes le visage?
e xenyi könya hnyei. la tête me tourne.
e monumonu könya gedhen la route ne m'est pas sûre.
e xenyixenyi könya gedhen. la route tourne devant moi.
me inye hmetu hmetu. le chemin de mon retour:
Daixölö kònòu ju Kondela 55 Daixölö est enterrée à Hwadila.
52   Mr. Ela, l'avant dernier missionaire anglais à Lifou.
53   Coiffure de feuilles utilisée pour la danse.
54   Le blanc est la couleur du deuil. Quand tout à l'heure le mort parlait lui-même, les deux nuages étaient rouges.
55   Kondela, autre nom de Hwadila.
Refrain
Ieie ie hai ie ie ha hu a ham.  

(Informateur: Tom Namanô, de Wasaüjeü.)

N.B.—Sauf pour quelques rares expressions, ce textes est écrit entièrement en Hwen Iai. On y trouve la juxtaposition d'un chant d'amour à un chant funéraire, à propos d'un être aimé. Le rythme semble beaucoup plus régulier que dans les exemples du nord de l'île.

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VIII—Heo (Beautemps Beaupré) 6

Heo appartenait à deux frères, dieux. Partis un jour en Nouvelle-Calédonie, à Tao (Hienghène), ils volèrent lors d'un pilou 7 l'eau d'une cascade. C'est pourquoi il y a maintenant à Heo, un puits de bonne eau douce. 8

Les hommes commencèrent à arriver sur Heo. L'ainé veut cacher, faire disparaître l'îlot, le cadet s'y refuse. C'est pourquoi aujourd'hui il y a sur Heo un côté, celui du cadet, avec de l'eau douce, kele, et l'autre qui n'est que du caillou et de l'eau saumâtre, fotufotu.

A Heo (?) une vieille est changée en caillou. 9 Elle est maitresse du vent d'Ouest. Il faut demander son aide pour aller à Ouvéa. Pour cela les membres de son sous-clan—Nasila, clan Bautuo—dansent autour d'elle et le vent souffle de l'Ouest.

IX—Motu tapu. 10

La vielle Logoti avait deux fils. Méprisée par les gens de Heo, elle voulut les quitter; elle dit à ses enfants qu'elle allait les amener à un endroit isolé, parce qu'elle ne voulait plus du vacarme des gens de Heo.

Elle les amène dans le haut de Heo, où il y a un îlot rocheux; mais la vieille entend encore le bruit de Heo. “Encore un peu plus loin, dit-elle.” Ils vont à la passe, mais elle entend toujours le bruit.

Les enfants l'emmènent sur un radeau jusqu'à un îlot de sable; mais elle entend toujours le bruit. Alors ils l'emmènent à Motu tapu.

La vieille dit alors: “C'est ici ma place; je n'entends plus le bruit. Je vais rester là et vous aller repartir. Ce sera défendu au chef Jeula et aux femmes de venir ici.” Logoti depuis s'est pétrifiée sur l'îlot. Le commerçant Willy Porcheron a voulu tirer le caillou; ils ont creusé sans pouvoir en atteindre le bout.

Il est défendu de tirer au fusil, de crier, et de parler Hwen Iai, 11 sinon, même à l'ancre, le bateau dérivera sous la poussée du vent. Pour prendre le guano, au lieu de jeter des cailloux, on le détache avec des gaulettes et on le prend à la main.

N.B.—Logoti 12 sort du clan Bolo, sujet de Jeula, mais qui possède en propre la partie est de l'îlot, où il y a l'entrée de Wateulangi pays des morts pour les gens de Iai (Mélanésiens d'Ouvéa).

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X—Pays de Bunaca.

Plus bas 13 que Motu Tapu, il y a un récif. C'est l'îlot englouti de Bunaca. Pour réussir une pêche par là, il faut parler la langue de Wallis. Les étrangers ne pourront attraper que des excréments enveloppés dans des paquets de feuilles de cocotier, et devant leur déconvenue ils entendront dans la mer des rires de femmes et d'enfants.

Bunaca a été caché autrefois aux yeux des hommes, par les dieux. Un jour, une déesse voulait brûler l'île pour le dérober aux yeux des hommes. A midi, pendant que les hommes se reposaient à Héo, la femme du chef vit une fille sortir de sa maison avec un brandon; la vieille cria et la déesse resta pétrifiée. La nuit, la vieille vit la fille en rêve: “Si tu n'étais pas venue trop vite, Bunaca aurait été brûle.”

A Bunaca, le vieux Christophe (de St. Joseph) a vu des oiseaux de la Grande Terre (Nouvelle-Calédonie) voler en l'air puis rentrer dans l'eau.

XI.

Les gens du clan Thamua 14 ont le requin comme tapu.

Il y a sept générations que Mamu et son fils Nemunu sont venus. Ils possédaient un panier qui leur permettait de voyager en mer sans crainte de se noyer; un dieu appelé Masiva 15 habitait ce panier. Un feu marchait toujours devant leur pirogue pour les diriger.

Ils arrivèrent à Wailu sur la côte de la Nouvelle-Calédonie. La voile s'étant cassée, ils la recousent sur le sable d'un îlot, où ils plantent deux sapins et des cocos germés. Retournés à Uvéa, la vieux Wamu meurt. Avant d'expirer il avait transmis aux siens ses dernières volontés: “Quand je serai mort, coupez-moi la tête. Mon corps, vous le porterez à la pointe du récif de Muli, dans la passe de Wasaü Màk. Gardez ma tête; parce que c'est moi qui vais vous protéger dans la mer; vous l'enterrerez sur l'îlot de sable devant Wailu.” Ce qui fut fait. Aussitôt le corps jeté dans la passe, un requin suivit la pirogue. Depuis, c'est leur animal tapu; ils lui sacrifient en jetant des offrandes dans la mer.

N.B.—Ces quatre textes ont été recueillis en français. On espère pouvoir en donner un jour une version en langue indigène.

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COMMENTAIRE GENERAL.

Il y a dans les chants tout un côté d'allusions, de language convenu, sinon secret, que je ne puis toujours expliciter, d'autant plus qu'il s'agit souvent de la reprise d'anciens textes; mais ils ne semblent pas contenir le symbolisme érotique présenté par d'autres textes traditionnels. Les images, empruntées à la vie de la nature, semblent d'une qualité poétique différente de ce que par exemple je connais sur la Grande Terre; elles ne sont pas indiquées brièvement, mais développées, le même thème pouvant s'étaler sur plusieurs versets. En dépit des insuffisances de la traduction, on ne peut s'empêcher d'être frappé par l'inspiration parfois toute lyrique, inhabituelle en Mélanésie. Il faut noter encore la longueur de ces textes, malgré parfois la reprise de couplets presque identiques dans des chants différents.

Le sujet principal, et, d'ailleurs, le plus significatif pour notre recherche, apparait la relation entre le pays des vivants et le pays des morts. La localisation de cet “Hadès” n'est pas absolument fixe. Son entrée est généralement placée à Heo mais il y en aurait une autre, ou plutôt une sortie, dans le nord de la grande île d'Ouvéa. Ce pays, souterrain, doit être atteint au terme d'un voyage par les îlots, le long de leur côte inhabitée; mais il est en même temps très proche. Les morts qui dansent sous la terre—le du pour les hommes et le wahaihai pour les femmes—peuvent entendre ce qui se passe en haut, au “pays des larmes.” Jewea est le maître de ce pays.

Des épreuves attendent peut-être le mort au cours de son voyage; en tout cas certains personnages féminins semblent l'attendre sur sa route. 16 A quelles fins? 17 C'est ce qu'il serait nécessaire de savoir avant de procéder à tout rapprochement.

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Plus précise est l'indication que les morts, changent de peau, une fois arrivés à Oijone. Cette transformation, nécessaire pour leur faire perdre leur qualité de vivant, 18 se rattache à la Mythologie nord mélanésienne 19 (Nouvelles-Hébrides—Salomon).

Nous nous en tiendrons à ces quelques éléments. Si l'on voulait pousser plus avant la discussion, il faudrait utiliser toutes les données recueillies sur les mythes de l'île. Ce n'est pas là notre propos. Il suffit d'indiquer qu'aucun élément de ces chants ne semble rappeler de façon directe la Polynésie, malgré les quelques noms propres wallisiens éparpillés cà et là; On pourrait penser que les immigrants du dix-huitième siècle sont responsables du lyrisme de ces textes; je n'oserai pas l'affirmer, étant donné l'ancienneté probable des relations entre ces parages et la Polynésie centrale.

Il apparait plus certain que de même qu'ils ont adopté la coutume sociale, les gens de Wallis se soient assimilés la mythologie locale, en oubliant la leur. 20 La responsabilité en provient nécessairement des générations de femmes prises dans les clans mélanésiens. Sauf dans la partie sud de l'atoll (Muli) le groupe des nouveaux arrivés était trop faible pour exercer une influence autre que technique. J'irais même volontiers jusqu'à avancer que s'ils ont gardé encore leur cohésion et une certaine originalité, la cause en est aux chefferies mélanésiennes; là, en effet, où elles étaient les plus fortes, celles-ci ont poursuivi une politique visant à contenir les étrangers au bord de mer 21 dans unétat de vassalité théorique, sans leur céder de terres et tout en les utilisant de temps à autre comme mercenaires.

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BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.

BURROWS, E. G.—“Ethnology of Uvea (Wallis Island).” Bernice P. Bishop Museum Bulletin 145. 1937.

GUIART, J. Les Origines de la Population d'Ouvéa (Loyalty) et la Place les Migrations en Cause sur la Plan Général Océanien. Etudes Mélanésiennes, Nelle Série, 4e Année, No. 6, pp. 26-35, Sept. 52.

HADFIELD, E. Among the Natives of the Loyalty Group. London, 1920.

LEENHARDT, M. Documents Néo-Calédoniens. Paris, 1932.

——Do Kamo. La personne et le mythe dans le monde mélanésien. Paris, 1947.

TRANSCRIPTION.

La transcription utiliseé ici est celle reçue localement, avec de légères modifications de façon à ne confrondre aucun phonème: b, bw, p, f, ü, t, tr, d, dr, th, dh, n, hn, m, hm, s, sh, z, c, j, ny, hny, k, g, ng, l, hl, r, w, hw, y, á, a, â, e, è, ê, i, o, ò, ô, u, ü. Cf. Leenhardt (M.)—Langues et Dialectes de l'Austro-Melanésie.

1   cf. Guiart (Jean)—Les origines de la population d'Ouvéa. Etudes Mélanésiennes, Nelle Série, 4e Année, No. 6, pp. 26-35, Sept., 1952.
2   L'affirmation inverse ne serait pas exacte; les hommes peuvent danser accompagnés par un choeur de femmes.
3   Antérieurement, c'était un morceau de tapa, ou un noeud de paille fixé à un doigt de la main: c'est le doigtier du chant dont parlent les textes.
4   Mariée à Wasaüjeü. Au village de son mari elle était considérée comme la spécialiste de ces chants.
5   Beautemps-Beaupré, au nord-ouest du lagon d'Ouvéa.
6   Dans la mythologie des Mélanésiens d'Ouvéa, Heo represente le pays des morts, où ceux-ci vont après un périple qui passe par les îlots du nord du lagon d'Ouvéa. Cet îlot appartient au clan Jeula, qui en détient la chefferie.
7   Fête commémorative accompagnée de danses.
8   Wabalaü est le nom du trou d'eau douce de Heo; il y flotte des feuilles de taro. Les femmes n'ont pas le droit de s'en approcher, de peur qu'il ne tarisse.
9   Ce n'est pas Logoti, puisqu'elle n'est pas du même clan.
10   îlot dans la partie est du lagon de Beautemps-Beaupré.
11   Langue mélanésienne d'Ouvéa.
12   Mrs. Hadfield donne un mythe sur Logoti qui se rattache au cycle de la fille du soleil, mais elle n'en donne pas l'origine—cf. Hadfield (E.)—Among the Natives of the Loyalty Group.
13   Plus au nord.
14   Venus de Samoa par l'intermédiare de Wallis, d'où ils sont partis avec la migration de Nekelo à la fin du 18ème siècle; ils dépendent de la chafferie Beka, d'Unye ou Teuta, île à l'extrémité nord d'Ouvéa.
15   Masiva aurait été un dieu guerrier, suivant le même informateur.
16   Les “filles de Jewea,” probablement les mêmes que celles qui habitent à “Hmelelo sur le sec.” A rapprocher du voyage souter-rain entre Ouvéa (Ohnyot) et Lifou (Nathalo); où des jeunes femmes servent de tentatrices—cf. Hadfield—Ouvrage cité.
17   Les feuilles magiques ou médicinales (bubuny) pourraient servir à fortifier le mort au cours d'épreuves; l'hypothèse n'est pas à écarter.
18   il s'agit d'une transformation qualitative, et non d'un changement d'état. cf. Leenhardt—Do Kamo—Chap. IV.
19   Le Hwen Iai est plus apparenté aux langues des Hébrides qu'à celles de la Calédonie.
20   Héo avait été cédé aux Wallisiens, qui ont ainsi adopté le rôle de de gardiens de lieux sacrés et de mythes qui leur étaient étrangers.
21   Par suite probalement de cette situation, les Wallissiens déployèrent une grande activité maritime, de relations avec la Nouvelle-Calédonie (Wailu, Kanala, Hienghène, Balade).